Daybreak Express / Pennebaker


DAYBREAK EXPRESS [Donn Alan Pennebaker, 1953 – V.O.] from cnc-asso on Vimeo.

D’une grâce sauvage, libérée de toute forme d’académisme, « Daybreak Express » est le premier film du cinéaste Pennebeaker. Ce poème visuel nous entraine dans le métro de New York des années 50, accompagné de la musique de Duke Ellignton.

Extrait d’une interview de Pennebaker aux INROCKS

Don Alan Pennebaker : Entre ce que les Américains-appellent les “movies” et ce qu’ils appellent les “films”, il y a une grande différence.Personnellement, je fais des “films”, pas des “movies” : je filme les gens tels qu’ils sont, je montre, je documente. Je n’ai jamais voulu mettre en scène, écrire, faire jouer. L’univers des « movies », pour moi, c’est du cirque.

D’où vous est venu ce sens du documentaire ?

Je n’ai jamais fréquenté d’école du cinéma, j’ignorais même totalement que je tiendrais un jour une caméra. J’ai découvert le cinéma comme tout le monde, avec des comédies, des westerns, mais je n’étais pas très passionné. Le seul rapport que j’avais au cinéma était celui du gamin dans son fauteuil, distant et passif. L’envie de passer de l’autre côté – et de choisir le documentaire plutôt que la fiction – ne m’est venue que; bien plus tard.


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Quel genre de films aimiez-vous?

Les comédies musicales des années 30, les films avec Judy Garland, Mickey Rooney, Fred Astaire, ces histoires toutes simples autour de deux personnages, le bon et le mauvais. J’étais fasciné par la structure de ces histoires, par leur dépouillement. On était sûr de toujours retomber sur ses pieds, il n’y avait jamais de mauvaise surprise. Et puis j’étais fan des bandes-son, je trouvais très intéressant d’avoir plusieurs niveaux d’entrée – l’image d’abord, puis une jolie mélodie sur laquelle il fallait se concentrer un moment avant de revenir à l’histoire centrale. Je suis tombé amoureux des films de René Clair, particulièrement des séquences musicales qu’il mettait entre les scènes, les thèmes de Kurt Weill. On sentait que le metteur en scène prenait vraiment plaisir à intercaler ces mélodies pour tenir le spectateur en baleine : quelques notes, trois fois rien. Puis, plus tard, le grand refrain.


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A quel moment vous êtes-vous senti prêt à filmer ?

Au début des années 50. Je travaillais avec un type qui s’appelait Francis Thompson sur le film NY, NY- l’histoire d’une journée complète à New York, filmée de manière très abstraite, presque surréaliste. Il y avait une grande liberté sur ce tournage, ce qui m’a profondément marqué pour la suite. Thompson filmait sans se poser de questions, se contentant de faire tourner la pellicule, parfois pendant des heures. Un jour, sur Canal Street, alors qu’on installait le matériel, je suis tombé sur un type qui vendait un immense objectif, un truc énorme pour prendre des photos depuis des avions. J’ai acheté ça pour une bouchée de pain, puis j’ai fabriqué une sorte de boîte pour compléter mon engin et j’ai installé le tout dans un berceau, sous une couverture. Je venais de fabriquer ma première caméra : une caméra sur roue. J’ai quitté Thompson et me suis jeté à l’eau.Toujours à New York.Oui, c’était un décor formidable. Je poussais mon berceau dans les rues de la ville et dans le métro, juste pourvoir ce que ça donnerait.Finalement, ça a donné Daybreak express, mon premier film. Tout paraissait si simple : une caméra, une rue, et vous aviez un film. J’avais vu Thompson travailler-et faire comme lui me semblait la seule option excitante. J’avais 26 ans et je venais enfin de trouver un sens à ma vie. Avant ça, j’avais monte une petite société qui fabriquait des ordinateurs – c’est nous qui avons conçu le premier système de réservation électronique pour American Airlines. Mais ma formation d’ingénieur ne m’apportait rien, je m’emmerdais profondément. J’avais envie de m’amuser, d’être avec des gens cool. Le seul type qui s’intéressait à ce que je faisais à cette époque était une espèce d’allumé qui me suivait partout dans la rue, à quelques mètres derrière moi. Il a d’ailleurs fini par me piquer mon berceau-caméra (rires)… A part lui, je ne montrais pas mes films. Qui aurait eu envie de voir une succession de scènes tournées dans des ascenseurs et sur des tapis roulants.


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Aviez-vous des influences, des modèles’?

Je me souviens avoir été très marqué par un poème d’Ezra Pound, In the metro. J’avais envie de reproduire la même ambiance sur film : ces atmosphères mécaniques, souterraines, techniques, toutes ces choses qui flattaient mon côté ingénieur. Parfois, mais rarement, j’invitais deux ou trois copains chez moi le dimanche matin et je leur faisais une petite projection sur fond de musique de jazz. Mais personne ne prenait ça au sérieux.

Vous pensiez pouvoir vivre de vos petits films?

Non, mais j’ai eu une idée : je suis allé voir Duke Ellington et lui ai demandé si je pouvais utiliser une de ses musiques comme bande sonore pour Daybreak express. Il a accepté et ça ma ouvert des portes. Un distributeur indépendant a fini par acheter mon film-le montage final devait durer une trentaine de minutes- et l’a proposé à un cinéma qui l’a projeté pendant une année complète, en première partie d’un film anglais qui marchait très fort. J’ai gagné un peu d’argent comme ça – 25 dollars par semaine, pas assez pour nourrir ma femme et mon gamin. J’ai donc bossé en free-lance pendant un moment, puis je suis parti en Russie pour y tourner un autre film, Opening in Moscow- c’était mon premier long métrage, un projet qui n’intéressait pas grand monde aux Etats-Unis. Ensuite, j’ai travaillé pour l’agence de documentaires du magazine Life: on réalisait des reportages, des sujets pour la télévision, mais je n’en étais jamais très content. On utilisait trop la narration, on ne laissait jamais les images s’exprimer seules, dans leur nudité – ce que je déplorais. J’ai donc quitté l’agence pour produire mes propres films -l’un d’eux s’appelait Happy mothers day, un autre était consacré au Premier ministre canadien. Mais commercialiser ces films était un véritable casse-tête : à l’époque, la télévision américaine fonctionnait déjà selon les prin-cipes qui la régissent aujourd’hui et nos films n’étaient ni drôles ni très attractifs pour le grand public.


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