Quand les Esprits prophétisent la photographie…en 1760 !


Extrait du livre de G. Tissandier “Les Merveilles de la Photographie”

En 1760, un écrivain bizarre (…) devina cependant la photographie.

S’il est permis de considerer Cyrano de Bergerac comme un aéronaute né deux siècles avant les ballons, on peut de même regarder Tiphaine de la Roche, comme un photographe anticipé.

Ce Tiphaine était normand et grand amateur d’excentricités; il nous a laissé un livre bizarre, où se trouvent beaucoup de choses étonnantes, noyées, il est vrai, dans un fatras indescriptible.

Dans un des chapitres de cette oeuvre fantastique, il raconte qu’il est saisi par un ouragan, et lancé dans le domaine des Génies, qui l’initient aux secrets de la nature :

“ Tu sais, dit l’un d’eux à Tiphaine, que les rayons de lumière, réfléchis des différents corps, font tableau, et peignent les corps sur toutes les surfaces polies, sur la rétine de l’oeil par exemple, sur l’eau, sur les glaces. Les Esprits ont cherché à fixer ces images passagères; ils ont composé une matière subtile, au moyen de laquelle un tableau est fait en un clin d’oeil. Ils enduisent de cette matière une pièce de toile, et la presentent aux objets qu’ils veulent peindre. Le premier effet de la toile est celui du miroir; mais ce qu’une glace ne saurait faire, la toile, au moyen de son enduit visqueux, retient les simulacres. Le miroir nous rend fidèlement les objets, mais n’en garde aucun. Nos toiles ne nous les rendent pas moins fidèlement, mais les gardent tous. Cette impression des images est l’affaire du premier instant. On ôte la toile et on la place dans un endroit obscur. Une heure après, l’enduit est sec, et vous avez un tableau d’autant plus précieux, qu’aucun art ne peut en imiter la vérité.”

Tiphaine de la Roche, en écrivant ces lignes vraiment prophétiques, avait-il connaissance du livre de Fabricius, ou plutôt, n’avait-il pas expérimenté lui-même la chambre noire de Porta, en supposant, comme dans un rêve, que l’image fugitive est à jamais fixée?

Quoiqu’il en soit, pour trouver des études sérieuses, vraiment scientifiques, il faut franchir les années, et arrive à la fin du dix-huitième siècle, à cette période la plus surprenante peut-être de l’histoire du progres, où les ténèbres du passé se dissipent, où la lumière se fait, où le savant se frotte les yeux et pour la première fois regarde autour de lui.

Quand les Esprits prophétisent la photographie…en 1760 !

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